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La filière des plastiques agricoles est en danger

Suite à une décision de la Chine de fermer ses frontières aux déchets, le marché des plastiques agricoles est saturé. Une situation périlleuse, alors même que l'ensemble de la profession agricole œuvre depuis plusieurs années à la mise en place d'une filière de recyclage exemplaire. Entretien avec Bernard Le Moine, délégué général du Comité des plastiques agricoles (CPA), et Pierre de Lépinau, directeur d'Adivalor*.

Par Stéphanie Ayrault - Publié le 29/03/2018 à 17:08

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Campagnes et environnement : Pouvez-vous expliquer le contexte auquel la filière de collecte et recyclage des plastiques est confronté ?

Pierre de Lépinau, directeur de la filière Adivalor

Pierre de Lépinau : Depuis la mi-2017, les cours des déchets plastiques se sont effondrés à cause de la baisse des importations de la Chine. Une position qu’elle a confirmée en janvier 2018, en fermant totalement ses frontières. Or, ce pays était le premier acheteur de déchets plastiques, avec huit millions de tonnes, dont trois millions venant de l’Europe. Si aucun déchet agricole français ne partait en Chine, notre secteur est impacté par la baisse des prix et par les quantités de déchets qui restent désormais sur notre territoire.
Nous avons un désavantage concurrentiel : les films de paillage de maraichage sont plus souillés que ceux des industriels. Ils peuvent contenir 50 à 80 % de souillures. Du coup, les recycleurs, face à la quantité disponible, privilégient les plastiques plus propres. Dans ce contexte, Suez Recyclage a annoncé le 23 janvier la cessation d’activité de son usine de recyclage en Aveyron, essentiellement dédiée à l’agriculture : plus de 10 000 tonnes de films agricoles, utilisés en maraîchage et en élevage, devaient être recyclées dans cette unité en 2018 ! Résultat : les films souillés à plus de 50 % ne pourront pas être recyclés en 2018. Nous les collecterons mais ils iront à l’enfouissement. C’est un vrai recul sur le plan environnemental et économique.

Bernard Le Moine : La situation est préoccupante, car l‘utilisation de paillage plastique est essentielle pour les maraichers afin d’assurer les rendements. Notre filière de collecte et de recyclage est dans une situation financière très tendue. L’activité a bien fonctionné dès le début, ce qui prouve son utilité : plus de 90 % des films plastiques utilisés en maraichage sont collectés ! Cet engouement nous a obligé à investir. Nous prévoyions l’équilibre financier en 2018. Or, la configuration actuelle n’était pas prévue. Au final, nous allons enregistrer sur 2018 un déséquilibre de 600 000 euros.

C&E : Comment redresser la barre ?

Bernard Le Moine, délégué général du Comité des plastiques agricoles (CPA).

B.L.M : Pour se rapprocher de l’équilibre financier de la filière, et en mesure d’urgence, l’éco-contribution payée par les agriculteurs lorsqu’ils achètent du plastique, va être augmentée. Actuellement de 130 euros par tonne actuellement, elle sera relevée de 30 euros à partir du 1er mai 2018 et de 20 euros au 1er janvier 2019. Autre levier, à plus long terme : sensibiliser la filière pour réduire les taux de souillures, augmenter l’épaisseur des plastiques est une piste de réflexion. Par ailleurs, nous fondons nos espoirs sur le programme « Recyclage, Agricole, Films Usagés » ou RAFU II, qui nous permettra de baisser sensiblement la souillure des films de paillage et de diminuer ainsi les besoin financiers de la récupération ou de recyclage. Enfin, un effort tout particulier doit être fait pour développer les films biodégradables.

P. D. L. Nous souhaitons également investir dans les méthodes de prétraitement, avec du broyage et du lavage pour que le plastique agricole soit plus simple à recycler. Une unité est en projet dans le sud de la France.

C&E : Vous semblez affectés par cette situation…

Collectés par Adivalor, le principal éco-organisme du monde agricole, les plastiques agricoles usagés sont recyclés à 98 % en France et en Europe.

P. D. L. : le mot frustration est celui qui décrit le mieux notre sentiment. Nous avons atteint l’excellence et, pour des éléments extérieurs, nous sommes mis à mal. Nos efforts ne sont pas récompensés. Il faut expliquer cette situation à toute la filière. Certains producteurs, en colère, ne comprennent pas pourquoi ils doivent payer davantage alors qu’ils s’engagent dans des pratiques vertueuses pour l’environnement. Clairement, notre situation justifie des aides publiques d’urgence, de manière transitoire, pour passer cette période. D’autant que le Gouvernement affiche une ambition de 100 % de plastiques recyclés d’ici à 2025 dans la feuille de route sur l’économie circulaire.

B.L.M: Nous avons engagé d’importants efforts de communication mais le message est compliqué à faire passer. Toutefois, tout le monde est bien conscient de la nécessité de conserver un service de collecte et de recyclage des plastiques agricoles. La qualité de l’organisation de la filière française nous aide à tenir dans cette situation, par rapport à nos voisins européens. Nous résisterons au choc plus facilement que les autres, mais il faut nous aider. Nous souhaitons bien sûr conserver notre ambition de zéro déchet et de 100 % de plastiques recyclés comme en 2016. Nous étions très fiers du résultat.

* Agriculteurs, distributeurs, industriels pour la valorisation des déchets de l’agrofourniture.

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