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Les pratiques agricoles, seules responsables des inondations ?

Au cœur de cet hiver 2018, le niveau des cours d’eau monte. Les crues inquiètent. Comment les expliquer ? Une des raisons évoquées dans les médias : les pratiques agricoles limitent l’infiltration de l’eau de pluie dans les parcelles. C’est oublier que ces pratiques évoluent largement, mais surtout que cette cause reste secondaire, loin derrière l’artificialisation des sols.

Par Eloi Pailloux - Publié le 30/01/2018 à 14:15

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Capture d’écran du reportage de France 2, le 25 janvier.

Le reportage de France 2 est diffusé le 25 janvier lors du 20 heures. Proposé après plusieurs images spectaculaires de villes sous les eaux, il s’intitule Inondations, changer les pratiques agricoles ? Des « décennies de mauvaises pratiques agricoles » sont évoquées : le labour qui réduit la porosité des sols, les pesticides qui nuit aux micro-organismes, appauvrissant la terre, ou encore la perte d’un tiers des prairies, surfaces qui absorbent l’eau. Les journalistes de France 2 donnent la parole à Guy Richard, chef de département environnement et agronomie à l’Institut national de la recherche agronomique, qui confirme ces phénomènes, mais explique que les pratiques agricoles changent depuis 15 ans. Au moins évite-t-on l’impression d’immobilisme parfois donnée quand l’agriculture est évoquée dans les médias généralistes.

Labour ou herbicides, il faut choisir

Capture d’écran du reportage de France 2 : le témoignage de Guy Richard, chef de département environnement et agronomie à l’Inra.

Interrogé par Campagnes et environnement, Guy Richard complète son témoignage. Pour lui, le lien entre pesticides, travail du sol et ruissellement des eaux est complexe. D’une part, il faut tenir compte de l’évolution de l’usage des sols : augmentation des surfaces en forêt, diminution des sols en prairie, mais aussi augmentation des cultures intermédiaires, qui évitent les sols nus durant l’hiver. D’autre part : « Les agriculteurs essayent majoritairement de limiter le labour systématique. Une tendance qui peut être bénéfique pour les sols en vue de limiter le ruissellement selon le système de culture. Mais ce type de pratique peut également être favorable aux mauvaises herbes. Ce qui induit d’utiliser des herbicides pour ne pas hypothéquer les récoltes. » Selon le chercheur, travailler sans labour ni herbicides n’est possible que dans certains cas. « Cela demande des techniques agronomiques très pointues, encore en cours d’expérimentations. »

L’urbanisation et l’artificialisation des terres, premier responsable

La crue de la Seine inquiète et pose question.

L’évolution des pratiques agricoles et leur impact sur le sol méritent débat. Toutefois, le reportage de France 2 – comme bien d’autres* – passe sous silence la principale action humaine générant les inondations : l’urbanisation et l’artificialisation des terres. Pour Guy Richard, même le moins perméable des sols agricoles reste à même d’absorber un minimum d’eau. Ce n’est pas le cas des surfaces bitumées pour construire des routes, lotissements ou zones commerciales. « En 50 ans, 170 000 hectares ont été artificialisés en Île-de-France », explique Denis Fumery, agriculteur francilien. Autant d’hectares sur lesquels l’eau de pluie ne peut s’infiltrer, provoquant du ruissellement. « On accuse l’agriculture au lieu de lui dire merci, affirme le producteur. En amont de Paris, un certain nombre de parcelles sont sous l’eau à cause de barrages pour préserver la capitale, avec des impacts conséquents sur les rendements. »

Repenser la gestion des cours d’eau

Gilles van Kempen, agriculteur dans le Loiret, rappelle de son côté qu’avant la loi sur l’eau de 2006, les agriculteurs pouvaient se charger de l’entretien des cours d’eau. « Aujourd’hui, ce sont des lieux sanctuarisés, et toute intervention est pénalisée d’une amende. Résultat : l’envasement et la multiplication des arbres limitent la circulation de l’eau. » Par ailleurs, l’agriculteur estime que trop de communes ont une approche de l’eau pas assez large : « Chacun gère les inondations à son niveau, facilite les écoulements sans prendre en compte les effets pour l’aval… » Pour lui, cette question devrait être gérée à l’échelle du cours d’eau.

« Les fameuses crues de 1910 sont citées par tous les journalistes, remarque enfin Denis Fumery. Or, les pratiques agricoles pointées du doigt n’avaient pas cours à l’époque. » Une manière de rappeler la cause numéro un des crues actuelles : les pluviométries record. « Les inondations, c’est d’abord lié à la pluie, avec une quantité exceptionnellement élevée depuis deux mois », sourit Guy Richard.

* BFMTV et TF1, notamment, ont depuis choisi le même angle.


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2 réponses sur “Les pratiques agricoles, seules responsables des inondations ?”

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