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“Agri-Péron”, future vitrine de pratiques agricoles optimales

Retenu dans le cadre du programme européen “Life Environnement”, le projet Agri-Péron vise à favoriser les méthodes de lutte contre les pollutions de l’eau. Constater, agir, évaluer et communiquer. Une action d’envergure, planifiée sur trois ans.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 20/11/2004 à 00:00

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Toutes les méthodes et techniques participant à la lutte contre les pollutions ponctuelles et diffuses par les nitrates et les produits phytosanitaires vont être mises en œuvre sur le bassin versant du Péron”, se félicite Bruno Guerre, de la Chambre d’agriculture de l’Aisne. Du choix des itinéraires techniques aux équipements dans les exploitations, en passant par l’aménagement paysager, rien n’est écarté. Un projet retenu dans le cadre du programme européen Life Environnement. Réalisé par la Chambre d’agriculture, porteuse du projet, en partenariat avec la coopérative céréalière Cerena, Arvalis et EADS Astrium, son budget s’élève à 655 000 €, dont 50 % de financement européen. “Nous allons évaluer l’impact des pratiques agricoles proposées sur la qualité de l’eau de cette rivière de quinze kilomètres. Ensuite, une communication à l’échelle européenne est prévue”, poursuit Bruno Guerre. Le bassin versant de 10 000 hectares situé à 20 km au nord de Laon se prête bien à l’étude. Ce réseau hydrographique est simple. Aucun éleveur ne réside sur la zone, ce qui évite des biais relatifs aux pratiques culturales. De plus, la majorité des soixante agriculteurs concernés est adhérente de Cerena, la coopérative céréalière partenaire. 

François Brazier, maire de Chevrésis-Monceau, membre du comité d’orientation stratégique : “L’eau constitue un patrimoine à préserver”.

Partir d’exemples concrets

“Ce projet s’inscrit dans la continuité, souligne Jean-Pierre Wathy, le technicien de Cerena, instigateur du projet. Nous travaillons depuis plusieurs années sur les moyens de limiter les pollutions.” Une ferme pilote existe depuis 1999 à Chevrésis-Monceau, une des quatre communes du bassin versant. En partenariat avec la Chambre d’agriculture, la MSA et Cerena, un adhérent a installé des équipements : aire de remplissage et de lavage, vanne programmable, phytobac, bacs de rétention pour les cuves d’hydrocarbure et d’azote, local phytosanitaire aux normes. Plus de 2 000 agriculteurs ont visité le site et l’impact sur les pratiques agricoles a été immédiat. Des dizaines d’installations de phytobacs et d’aire de lavage ont suivi dans l’Aisne. Et surtout une réflexion sur l’usage des produits phytosanitaires et des engrais s’est engagée. “Travailler concrètement sur nos pratiques avec divers partenaires nous enrichit énormément”, constate Charles Brueder, l’exploitant de la ferme pilote.

Le projet “Agri-Péron” s’inspire de cette démarche en s’appuyant cette fois-ci non sur une exploitation, mais sur un bassin versant. “Avoir une étude sur un territoire connu, chez des agriculteurs de notre coopérative, constitue le meilleur moyen pour avancer. Vécu et proximité sont nos meilleurs atouts”, se réjouit Jean-Claude Liénard, agent relation culture de Cerena. Pour ce technicien qui a travaillé auparavant dans le syndicalisme, il s’agit d’emmener l’ensemble des adhérents du bassin vers l’agriculture durable. Une vision partagée par son collègue Jean-Pierre Wathy, ex-salarié d’une société phytosanitaire.

Du diagnostic au plan d’actions

Première étape : faire le point de la situation initiale. La Diren a établi un plan de prélèvements d’eau selon le débit. “À quatre endroits du Péron, près de 90 molécules devraient être dosées”, révèle Jean-Pierre Wathy. Le Conservatoire des sites naturels de Picardie a commencé l’évaluation de la biodiversité (faune et flore) et son évolution. Deuxième étape, le diagnostic des sources de pression sur la qualité des eaux, suivi de propositions d’actions individualisées à chaque exploitation. Un travail exhaustif est prévu sur 18 mois pour Arvalis avec plusieurs logiciels à l’appui : Aquavallée, Aquaplaine, Aquasite pour les risques phytosanitaires et Aqualéa pour le lessivage de l’azote. Avec chaque agriculteur, l’institut identifiera les modes de circulation de l’eau à la parcelle et les risques de transfert. “L’objectif est d’améliorer les pratiques de techniques culturales, d’aménagement du paysage, d’adaptation des périodes d’application et de choix des produits”, résume Bruno Guerre. Si nécessaire, des investissements seront proposés (phytobac, aire de rinçage, cuve de rétention sécurisée…)

Suivra l’accompagnement technique et administratif des agriculteurs. “Les différents partenaires éditeront une note technique de conseils sur les bonnes interventions pour l’ensemble des agriculteurs du bassin versant”, dévoile Bruno Geurre. Les agriculteurs bénéficieront d’un soutien pour profiter des leviers financiers existant : CAD, gestion du territoire… D’autres partenaires pourraient aussi participer financièrement (Conseil général de l’Aisne et l’Agence de l’eau). Dernier point crucial du programme Life Environnement : la communication des résultats. Colloque, mise en ligne sur un site internet, visites… Le bassin versant du Péron sera la future vitrine des pratiques proposées. L’objectif est de pouvoir transposer les résultats obtenus à d’autres territoires. La crédibilité scientifique et l’aspect communication attireraient déjà d’autres partenaires de l’agro-alimentaire.

 

Life Environnement : beaucoup de préparation et peu d’élus

De 1992 à 2002, Life Environnement a financé 1 199 projets. Son objectif est de contribuer au développement de techniques et méthodes novatrices en matière d’environnement et de développement durable par le cofinancement de projets de démonstration. Le “corridor” de la démonstration, financé par Life, se situe entre la recherche d’une part et la mise en œuvre à grande échelle d’autre part. Le coût éligible d’un projet Life Environnement se situe en général entre 0,5 et 5 millions d’euros.

“Moins d’un dossier sur dix est retenu dans le cadre du programme Life Environnement”, rappelle Bruno Guerre de la Chambre d’agriculture de l’Aisne. “De plus, être choisi lors du premier dépôt reste rare”. Le dossier Agri-Péron a obtenu la 95e place sur les 105 dossiers européens élus. Sa préparation a nécessité deux mois de travail à plein temps pour Bruno Guerre, sans compter l’aide d’un consultant spécialisé.

Informations disponibles au ministère de l’Écologie et du Développement durable.
http://www.ecologie.gouv.fr (accueil>Europe>financements européens pour l’environnementhtttp ://www.europa.eu.int/comm/environment/life/home.htm

Diren : Direction régionale de l’environnement

 

Le projet Life environnement Agri-Péron

 Projet de trois ans dans l’Aisne.

Objectif : favoriser les méthodes et techniques agricoles participant à la lutte des pollutions ponctuelles et diffuses par les nitrates et les phytosanitaires

Budget : 655 000 €, dont 50 % de financement européen

Partenaires :

• Chambre d’agriculture de l’Aisne (porteuse du projet)

• Céréna, coopérative céréalière localisée à Origny-Sainte-Benoîte (02)

• Arvalis-Institut Végétal

• EADS Astrium

Des agriculteurs motivés

De gauche à droite, Charles Brueder, Stéphane Nottelet et Hubert Compère, agriculteurs impliqués dans le programme Agri-Péron.

22 agriculteurs dont les parcelles jouxtent le ruisseau Péron se sont déjà engagés dans le dispositif. “Nous voulons continuer à faire 100 quintaux et pêcher la truite dans le Péron”, assurent les quatre agriculteurs du comité d’orientation stratégique “Agri-Péron”. Pour Charles Brueder, exploitant la ferme pilote de Chevresis-Monceau, le projet permettra de gérer au mieux les risques de pollution. Risques qui ne sont pas pris en charge par les assurances.

Pour Hubert Compère par ailleurs chasseur et président d’une association de pêcheurs, maintenir, voire développer la biodiversité sur le bassin versant reste un objectif majeur. Le partenariat avec le Conservatoire des sites naturels de Picardie, est un gage de neutralité. Un atout pour prouver l’intérêt des pratiques utilisées.

Quant à Stéphane Nottelet, il pointe les questions de responsabilité. “Nous devons agir sur nos pratiques d’aujourd’hui qui détermineront la qualité de l’eau de demain.” À l’unanimité, ils attendent beaucoup de la science. “Avoir des indicateurs fiables sur l’influence de nos pratiques. Connaître la date optimale pour les apports d’azote, les possibilités de réductions de doses d’engrais et de pesticides sans pénaliser le rendement. Être informés d’éventuelles molécules à éviter.”

Enfin, Agri-Péron leur permet de prendre de l’avance pour l’écoconditionnalité. Et surtout de développer une image positive d’acteurs volontaires et efficaces au niveau environnemental.

 

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