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Élevages d’insectes, un secteur qui grouille de perspectives

Apicultrice en Haute-Vienne, Chloé Pellerin a rédigé un mémoire grâce au financement de l'association Nuffield France, entre 2020 et 2021. Son objet ? Les élevages d'insectes, en tant que possibles leviers de durabilité et d'autonomie pour l'agriculture. Un travail qui lui a permis de découvrir les différentes facettes de ce secteur émergent en France, mais déjà bien établi dans d'autres pays.

Par Eloi Pailloux - Publié le 15/12/2021 à 14:30

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Quels sont les contours de votre mémoire ?

Quand j’ai proposé ce mémoire à l’association Nuffield France, en 2019, la thématique des élevages d’insectes gagnait du terrain en Europe et en France. Mais selon les endroits, cette activité peut être bien plus ancienne ! En Asie, on trouve des traces d’élevages de vers à soie depuis plusieurs siècles et, partout dans le monde, l’apiculture est millénaire. Pour ma part, je me suis intéressée à trois filières de production : les insectes destinés à l’alimentation des animaux d’élevage, à l’alimentation humaine, et à la production de services écosystémiques.

Que trouve-t-on dans cette dernière catégorie ?

La pollinisation est le principal exemple. Au Mexique, l’entreprise Koppert produit 3500 colonies de bourdons chaque semaine pour polliniser des serres de tomates, par exemple. C’est un marché non négligeable, car il faut plusieurs dizaines de colonies par serre, à raison de 130 $ par colonie.

En Australie, l’Homme a introduit des vaches, moutons, chevaux… originaires d’autres continents, auxquels les bousiers locaux ne sont pas « adaptés ». Il existe des élevages de bousiers « européens » pour les introduire dans les pâtures pour garantir la dégradation des bouses et crottins, qui sont de véritables concentrés d’azote.

Il y a un cas intéressant aussi dans le Maine, aux États-Unis, bien qu’il ne s’agisse pas d’élevage en soi. Les myrtilles locales sont insuffisamment pollinisées, et un chercheur a réalisé que le plus rentable était de préserver et stimuler les abeilles sauvages locales, habituées à ces myrtilles depuis des milliers d’années, et donc plus efficaces que les colonies domestiques importées à grand frais de Californie. J’aime bien cet exemple, car il montre le pouvoir des agriculteurs pour préserver ces insectes, via leur pratiques, tout en en profitant in fine.

Quels sont les modèles existant pour l’alimentation animale ?

Je cherchais un modèle très circulaire au niveau d’une ferme, où les insectes se nourrissent des déchets d’un atelier élevage, avant de nourrir les animaux. À petite échelle, ça ne fonctionne pas encore réellement ainsi. Il est difficile de trouver un système rentable en soi. Une piste serait de jouer sur la communication, par exemple en mettant en avant un atelier d’élevage où l’alimentation des animaux à base de soja importé est remplacée par des insectes « produits localement ».

En revanche, il existe des systèmes plus « industriels ». Au Royaume-Uni, j’ai visité un site produisant des mouches soldat noires. Avec une belle efficacité : le poids des insectes est multiplié par 10 000 en quatre semaines, pour aboutir à une farine à 60 % de protéines, et les déjections des insectes sont recyclées en engrais.

Concernant les insectes élevés à destination de l’alimentation humaine, quelles sont vos observations ?

La FAO encourage cette consommation depuis 2012, et l’Europe s’y intéresse. Plus de 2300 espèces d’insectes sont mangés par l’Homme dans le monde, et dans certains pays, cette pratique alimentaire est déjà très ancrée, notamment au Mexique, où je me suis rendue. Certains insectes y sont consommés quotidiennement, d’autres sont même considérés comme des produits de luxe. Dans ce cas aussi, il existe des sites assez productifs. Dans des serres de 240 m², et 4 m de haut, on peut produire une tonne de grillons vifs par mois, pour aboutir à 250 kg de farine à 65 % de protéines. Les déjections sont vouées à la fertilisation des sols. Mais pour le coup, il existe aussi des petits producteurs, à l’échelle individuelle, pour une consommation très locale.

Avez-vous étudié la thématique de l’acceptabilité de ces nouveaux aliments pour le consommateur ?

Il y a cent ans, le homard suscitait du dégoût, on le considérait comme « l’éboueur des mers », et il était destiné aux détenus ! Avec une communication adaptée, les habitudes peuvent changer. J’ai aussi pu constater que les producteurs s’intéressaient déjà à la question du bien-être animal, bien qu’ils ne soient pas encore vraiment challengés sur ce registre, sachant qu’il reste difficile de se figurer la perception d’un insecte, et qu’on parle d’espèces souvent grégaires, habituées à grouiller sur de petites surfaces. Pour un développement d’ampleur de ces élevages d’insectes, il me semble important de travailler ces aspects très sociétaux. Mais il est d’abord nécessaire de former davantage de spécialistes, par exemple sur les aspects sanitaires de tels élevages.

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