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Quand les éthologues sortiront du bois

Les études du comportement des animaux de la ferme sont rares et méconnues. Seule une poignée d'éthologues, de vétérinaires et d'éleveurs transmettent les connaissances scientifiques sur le terrain.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 13/10/2020 à 18:14

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« Je ne suis pas celui qui murmure à l’oreille des chevaux. C’est tout l’inverse. Le cheval envoie des messages subtils, il décèle nos intentions, et je maintiens le dialogue. » Christophe Bruyère, professeur d’équitation a créé Equi Clever H à Auffargis (Yvelines), en s’appuyant sur les principes de l’éthologie équine. Avec son alter ego Emilie Defranoux, il considère que connaître les capacités cognitives, la sensibilité et le caractère de l’animal prime sur la contrainte physique. Cavalier aguerri formé au haras de la Cense – un centre équestre  consacré à l’enseignement de l’éthologie équine à Rochefort-en-Yvelines -, et dans le Montana aux Etats-Unis, il fait table rase du côté martial presque militaire de l’équitation. Cette révolution douce profite autant aux chevaux qu’aux humains, qui établissent une nouvelle relation sensorielle, intuitive et détendue. Marcher, courir, jouer, échanger sans ordonner, se retrouver en harmonie avec le cheval sans forcément monter en selle,… C’est toute la subtilité des séances d’équicoaching en solo ou en équipes organisées en compagnie du spécialiste en coaching Jean-Frédéric Buzzi-Ménudier.

Pauline Garcia avec ses vaches, se laisse sentir par les animaux pour gagner en confiance.

S’inspirer des principes de l’éthologie dans le rapport au cheval, au chien et au chat infuse doucement mais sûrement dans la société. C’est même un business florissant, au point que le grand public confond éthologue et comportementaliste, alors que le premier doit décrocher un diplôme universitaire de niveau bac +5.

« Expérience et tempérament »

Mais qui s’intéresse aux animaux de la ferme ? Par comparaison, vaches, cochons, moutons, poules et lapins semblent les grands oubliés de la science. On connaît mieux le comportement guerrier des chimpanzés de Gombe en Tanzanie que l’odorat de la prim’holstein. « L’éthologie est historiquement pratiquée en milieu naturel, reconnaît Luc Mounier, enseignant à l’école vétérinaire VetAgro Sup de Lyon, coordinateur de la chaire bien-être animal. En élevage, on utilisait – et on utilise encore – la zootechnie, qui fédère des connaissances en nutrition, génétique, hygiène, épidémiologie,… Cela fait une dizaine d’années que l’on travaille aussi sur la façon dont les animaux perçoivent leur environnement. On sait qu’ils réagissent en fonction de leur expérience, de leur tempérament, et de l’événement ».

L’évolution est encore marginale alors que le débat sur le bien-être animal envahit tout l’espace y compris politique. Seules quelques formations en éthologie apparaissent ici et là : une journée en lycée agricole, des cursus en écoles vétérinaires, quelques sites Internet spécialisés, des livres,…

Et il faut plonger en profondeur dans la vaste base de données de l’Institut national pour la recherche agronomique (Inrae) pour dénicher les noms des chercheurs Alain Boissy ou Xavier Boivin. Leur consœur Hélène Roche qui accepte de vulgariser les connaissances en éthologie équine fait figure d’exception.

« Avec les animaux, on travaille à l’envers »

Tout comme Pauline Garcia, éleveuse à Vèze (Cantal), décidée à combler le hiatus entre théorie et pratique via sa société Etho-diversité. Cette Nîmoise de 38 ans qui a d’abord travaillé dans l’audiovisuel à Paris porte un regard neuf sur les rapports avec les bovins, les ovins et les caprins*. Pour être crédible, elle s’appuie sur un diplôme universitaire d’éthologie équine à Rennes et le label SFECA (société française pour l’étude du comportement animal). Diplomate, elle propose avant de critiquer :  « J’ai pris le temps de m’intéresser aux pratiques des pros et j’ai constaté leurs lacunes. Ils se basent sur l’expérience certes, mais pourquoi ne pas compléter? J’ai proposé des petites formations avec la chambre d’agriculture et le bouche-à-oreille a opéré en Auvergne, puis dans l’Hexagone ».

Christophe Bruyère s’appuie sur l’éthologie équine pour renouveler la relation de l’homme et du cheval.

Selon elle, « depuis des décennies, on travaille à l’envers en améliorant le confort de l’humain sans le concilier avec celui de l’animal. Exemple : les machines à traire émettent des ultrasons qui perturbent les vaches, mais la profession s’en rend compte a posteriori. Et c’est pareil avec les métaux lumineux et réfléchissant des bétaillères qui gênent les animaux. » A l’écouter, la tâche semble immense d’autant que Pauline Garcia note bien les réticences, les réactions négatives face aux idées neuves.

Convaincre encore et encore. Luc Mounier refuse de baisser les bras : « je reste persuadé que des échanges entre éthologues, éleveurs, vétérinaires et associations welfaristes permettront d’avancer. Le nouveau plan bien-être animal 2021-2025 sur lequel travaille le ministère de l’Agriculture devrait favoriser le dialogue ».

De fait, le précédent plan national 2016-2020 a acté notamment l’interdiction du broyage des poussins et la castration à vif des porcelets à échéance 2021, ainsi que l’installation de nouvelles cages pour les poules pondeuses. Las, les vidéos de L214 ont fait réagir les pouvoirs publics et non les éthologues, encore bien trop discrets.

Marie Nicot 

 

* Petit guide illustré du bien-être du bovin. Besoins fondamentaux et comportements. Pauline Garcia aux éditions France Agricole 2020.

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