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L’agriculture dans tous ses états suite à l’adoption du Ceta par l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale a voté « pour » l’accord de libre-échange avec le Canada. Si l’agriculture française pique du nez dans les années à venir, et si la qualité environnementale des produits dans les assiettes des Français recule, « Ceta faute ! » semblent dire les acteurs du secteur agricole au monde politique. Explications.

Par Eloi Pailloux - Publié le 27/07/2019 à 15:15

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Alors que les voix agricoles s’élèvent contre le Ceta, le député LREM Jean-Baptiste Moreau, également éleveur, estime que cet accord est une opportunité pour l’exportation des produits français.

Et si le libre-échange menait à la distorsion de concurrence ? Les représentants du monde agricole ont protesté d’une seule voix, suite au vote de l’Assemblée nationale le 23 juillet, validant le Ceta, accord de l’Union européenne avec le Canada. À la clé : l’importation, en Europe, de 145 000 tonnes de viande porcine et bovine, mais aussi de contingents importants de sucre et d’éthanol, à droits de douane nuls.

Farines animales et antibiotiques

L’ensemble des syndicats agricoles condamnent ce vote. Car les aliments concernés ne sont pas produits, au Canada, dans les mêmes conditions que leurs équivalents français, notamment pour l’élevage. « Les Canadiens ont le droit d’utiliser des intrants qui nous sont interdits, car jugés incompatibles avec la durabilité de notre agriculture, peste un proche du dossier à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, FNSEA. Nos produits seront en concurrence avec des équivalents moins vertueux. On nous demande de faire la même course qu’eux, pour avoir notre place dans les rayons des supermarchés, en vélo, tandis qu’eux roulent avec un moteur diesel ! »

La crispation concerne notamment l’utilisation de farines animales dans l’alimentation des bœufs, mais aussi d’antibiotiques pendant la croissance des animaux. La FNSEA dénonce un vote « désavouant les standards sanitaires, environnementaux et de qualité française et européenne, demandés chaque jour à nos agriculteurs, notamment suite aux États généraux de l’alimentation ». Ce vote inquiète aussi par la voie qu’il ouvre, pour le même type d’accord, notamment avec le Mercosur.

Un accord à double sens, plaident les politiques

Rapporteur de la loi Égalim et député LREM, Jean-Baptiste Moreau veut justifier son vote en faveur du Ceta : « En tant que petit-fils, fils et éleveur de vaches Limousines, si j’avais le moindre doute sur la mise en danger d’une de nos filières les plus fragiles, je serais le premier à refuser de ratifier le Ceta. Mais tel n’est pas le cas. L’agriculture française a besoin d’exporter ! » Car les accords fonctionnent dans les deux sens, rappelle le député, soulignant par exemple que le Ceta permet la reconnaissance des appellations d’origine protégées (AOP) au Canada, et donc une meilleure valorisation sur place.

Alors que les 38 assemblées nationales et régionales d’Europe doivent se prononcer, certains États membres comme l’Allemagne ou l’Italie n’ont pas encore donné leur aval. En attendant, l’accord est provisoirement est partiellement valide depuis 2017. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, expliquait début juillet dans plusieurs grands quotidiens que les exportations vers le Canada avaient déjà progressé de 6,6 % entre 2017 et 2018. Et de préciser que jusqu’à présent, les produits ne respectant pas les normes européennes n’obtenaient pas leur droit d’entrée dans l’UE.

L.H. et E.P.

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