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Saisir le lien entre glyphosate et préservation des sols

Le gouvernement s'est engagé à sortir du glyphosate, au mieux d'ici à trois ans. Les adeptes de l’agriculture de conservation des sols déplorent la perte annoncée d’un herbicide vecteur de durabilité, notamment pour protéger les sols. Explications avec Stéphane Cordeau, chercheur à l'Inra.

Par Eloi Pailloux - Publié le 14/05/2019 à 11:24

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« Nous ne pouvons pas, aujourd’hui, nous passer du glyphosate. » Dans le contexte actuel, particulièrement hostile à la très polémique molécule herbicide, des agriculteurs n’hésitent pas à le dire. Les adeptes de l’agriculture de conservation des sols (ACS)(1), qui représenterait 4 % des surfaces françaises, revendiquent pourtant des atouts environnementaux liés à leurs pratiques. Comme son nom l’indique, ce mode de production vise à limiter la dégradation des terres. Parmi les principes-clés qui intègre sa définition, établie par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : l’absence de retournement du sol par le labour et forte réduction, voire suppression, du travail du sol.

Faites la terre, pas labour

Le concept est simple : plus on travaille la terre, plus on perturbe son activité biologique, et par là, le taux de matière organique qui fait sa richesse. Or, si le labour « perturbe » la vie du sol, il joue le même rôle pour les mauvaises herbes. Pour éviter que celles-ci n’en profitent pour coloniser les parcelles et concurrencer les cultures, les agriculteurs se tournent vers le pulvérisateur. « En France, les systèmes en techniques culturales simplifiées, limitant le travail du sol profond, tendent à utiliser un peu plus d’herbicides que les systèmes avec labour », confirme Stéphane Cordeau, chercheur à l‘Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Pas d’équivalent chimique au glyphosate

Davantage d’herbicides, donc, mais dans des quantités difficiles à généraliser : « Chaque région, voire chaque parcelle, a ses propres caractéristiques. Les situations de production et donc les pratiques phytosanitaires sont extrêmement variables, y compris dans le périmètre de l’ACS, qui draine un ensemble de pratiques vaste, dont le non-travail du sol n’est qu’un élément. » En quoi le glyphosate est-il l’atout de ces pratiques ? « Il n’existe plus aujourd’hui d’autres herbicides aussi polyvalents, détaille le chercheur. En arrêtant tout travail du sol, on défavorise certaines mauvaises herbes, mais on déroule un tapis rouge à une grande diversité d’autres. Pour une efficacité comparable dans une gestion chimique, il faudra apporter plusieurs molécules, avec un impact écotoxicologique potentiellement plus lourd que le glyphosate. » Et autant d’investissements supplémentaires en herbicides, en temps consacré à les pulvériser, et en carburant.

Changement de fond, changement long

D’autres solutions, ne remplaçant pas un produit par plusieurs autres, sont étudiées par l’Inra. « L’idée n’est pas de remplacer un pesticide par d’autres pesticides, détaille Stéphane Cordeau. L’idée serait de reconcevoir globalement le système de production, sans glyphosate, mais en bougeant d’autres lignes. Mais cela est complexe, et demande du temps. » Ainsi, si le PDG de l’Inra Philippe Mauguin estime que le défi de l’ACS sans glyphosate « n’est pas évident, mais pas impossible », il se garde d’affirmer qu’il sera relevé d’ici à 2020, date butoir définie par le gouvernement. Emmanuel Macron lui-même a semblé prendre la mesure du challenge, lors d’un débat citoyen, le 24 janvier. Au point de donner plus de temps à l’ACS, en vertu de ses bénéfices ?

Car selon l’Inra, l’arrêt du travail du sol est bel et bien favorable à la biodiversité. Le non-travail du sol et la couverture des sols via l’implantation des intercultures, autre pratique prônée par l’ACS, stimulent le développement de carabes, colemboles, vers de terre…. Certains aspects de la qualité du sol s’améliorent, dès les premières années, sur les couches les plus superficielles : stabilité structurale, enrichissement en matières organiques particulaires, et donc un stockage de carbone.

 

(1) En France, l’ACS utilise 64 tonnes de glyphosate chaque année, soit 4 % des 1 600 tonnes de glyphosate utilisées en grandes cultures.

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3 réponses sur “Saisir le lien entre glyphosate et préservation des sols”

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