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Recyclage des déchets : boues des villes et boues des champs

Agriculteurs, citoyens et pouvoirs publics face à l’épandage des boues urbaines : les chercheurs (1) de l’INRA et du CEMAGREF montrent la diversité des situations dans trois départements et dégagent les grandes tendances. Le problème des boues est révélateur d’une société devenue plus exigeante vis-à-vis de l’alimentation et de l’environnement.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 01/09/2004 à 00:00

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Que faire des boues de station d’épuration, dont la production ne cesse d’augmenter avec le raccordement progressif des campagnes au tout à l’égout et la concentration des populations humaines ? Les capacités d’incinération sont limitées et la mise en décharge est progressivement interdite. Actuellement, les deux tiers des boues urbaines, soit 0.5 million de tonnes par an (matière sèche) sont recyclés par l’agriculture. Car les boues ont un pouvoir fertilisant, en apportant au sol azote, phosphore et matière organique.

Station d’épuration des eaux usées.

Leur usage agricole connu dès l’antiquité, s’est re-développé depuis le premier choc pétrolier (1973) pour limiter l’importation d’engrais industriels, notamment phosphatés. La loi de 1979 leur confère le statut de « matières fertilisantes ». Cependant, les boues apportent des nuisances (odeurs), et contiennent des éléments toxiques (métaux lourds). Fait significatif d’une période de remise en question de l’épandage, l’entreprise Bonduelle édicte en 1992 un cahier des charges exigeant « l’absence de boues dix ans avant une culture ». Actuellement, la législation impose des traitements pour assurer la qualité sanitaire des boues et renforce la responsabilité des producteurs de boues. Les références internationales récentes sur les boues épandues tendent à prouver leur innocuité sanitaire. Mais la controverse se poursuit : les agriculteurs sont souvent réticents tandis que les riverains s’organisent en associations. L’étude de l’INRA et du CEMAGREF montre comment trois départements jonglent avec tous ces éléments pour trouver leur équilibre.

La Seine-et-Marne, un équilibre difficile à préserver

Dans ce département, le nombre d’agriculteurs acceptant d’épandre a diminué de moitié au cours de la décennie 1990. La chambre d’agriculture condamne les épandages au nom du principe de précaution, en absence d’un fond de garantie pour les agriculteurs. Dans cette région céréalière, les agriculteurs doivent en effet tenir compte du renforcement des exigences qualité sur les produits.
En réponse, le conseil général crée en 1991 une structure pionnière, le MVAB (Mission de valorisation agricole des boues), qui propose des critères précis pour le recyclage des boues, en accord avec la police de l’eau.
De leurs côtés, les grands groupes du secteur (Vivendi, Lyonnaise, SAUR) proposent des conditions de transport des boues et d’épandage plus performantes et contrôlées, conditions que beaucoup de petites stations locales n’ont pas les moyens de réaliser. Aussi le rayon d’épandage s’étend autour des grandes stations.

La Dordogne, le statu quo

Ici, le nombre d’agriculteurs volontaires pour l’épandage est resté constant sur la dernière décennie. Il s’agit majoritairement d’éleveurs, plus faciles à convaincre que les céréaliers car ils ont une culture de l’usage de la matière organique. D’ailleurs, la filière est prise en charge, pour les 2/3 du marché, par la profession, à travers les CUMA (Coopératives d’utilisation du matériel agricole). La chambre d’agriculture est à l’origine d’une charte – « plus restrictive que la loi » pour protéger les agriculteurs – signée par une grande partie des acteurs.
Les services déconcentrés de l’état encadrent la filière à l’échelon du département. La pratique du compostage se généralise, en réponse aux conflits suscités par les mauvaises odeurs des boues. Mais l’installation de plate-formes de compostage entraîne aussi des réticences.
Dans ce département aussi, on observe que le rayon d’épandage s’étend : il passe de 20 km en 1995 à 40 km en 2000 dans l’agglomération de Périgueux.

Le Bas-Rhin, la construction d’un « compromis pragmatique local »

Toute autre est la solution préconisée dans le Bas-Rhin. Ici, le conseil général et la chambre d’agriculture ont mis en place début 2000 une « mission boues » animant notamment plusieurs sites pilotes. Pour renforcer les garanties, elle fait appliquer un principe de proximité : chaque station d’épuration épand sur un périmètre restreint de terres, évitant ainsi les mélanges de boues et renforçant la traçabilité.
Le dispositif mis en place comprend :

– des études pédologiques pour évaluer l’aptitude des sols à l’épandage,
– une enquête préalable recensant les besoins, avis, inquiétudes des agriculteurs,
– l’identification de toutes les activités industrielles et commerciales reliées au réseau sur les sites pilotes,
– l’acquisition de références locales sur la valeur agronomique des boues,
– des test de phytotoxicité.

Ces mesures s’accompagnent de réunions régulières avec les élus où les producteurs de boues sont tenus de rendre des comptes et d’assurer une qualité satisfaisante. Ce programme fournit des réponses « sur mesure » à des questions posées au niveau local : « sur ce terrain, y a-t-il accumulation de métaux lourds, les boues permettent-elles de remplacer la fumure de fond ? ».
Les agriculteurs preneurs soulignent le sérieux de la démarche mais la filière reste fragile et à la merci des incidents.

A travers ces études, les chercheurs montrent qu’il existe plusieurs types d’organisation pour l’épandage des boues, en fonction de la culture et de la géopolitique locales. Néanmoins, des tendances communes se dégagent : augmentation du transport des boues loin des agglomérations, développement de la filière compostage (moins d’odeurs, matière organique plus stable, mais valeur fertilisante en azote et phosphore moindre que celle des boues). Au total, la filière d’épandage des boues reste fragile car basée sur le volontariat des agriculteurs.

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