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Rencontre avec le créateur du diplôme universitaire « Alimentations végétariennes »

Le docteur Nathanaël Lapidus est, avec son confrère Olivier Steichen, derrière la création d'un nouveau diplôme universitaire intitulé « Alimentations végétariennes », à la Sorbonne. Le but : aider les professionnels de santé à mieux accompagner les changements de régimes. Avec une base scientifique et sans parti pris idéologique, assure-t-il.

Par Eloi Pailloux - Publié le 10/11/2021 à 12:31

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Culture Agri : À quand remonte le projet de diplôme universitaire « Alimentations végétariennes » ?

Nathanaël Lapidus : Personnellement, je m’intéresse à ce sujet depuis le début des années 2010. À l’époque, l’idée de créer un diplôme universitaire (DU) semblait totalement hors de propos, vu la prise relativement faible de ces sujets. Plus récemment, lors de groupes de travail facultatifs avec des étudiants en quatrième année de médecine, j’ai constaté que nombre d’entre eux manquaient d’information, voire même qu’ils prenaient certaines idées reçues pour argent comptant. Peu savaient, par exemple, que la vitamine B12 n’est présente que dans les produits animaux et que les personnes n’en consommant pas devaient avoir recours à des compléments alimentaires. Or aujourd’hui, en consultation, les questions sur ces régimes se multiplient. Beaucoup de consommateurs souhaitent réduire leur consommation de viande, de produits animaux, ou dans les cas les plus extrêmes, les supprimer de leur assiette. Avec mon confrère Olivier Steichen, nous avons commencé à réfléchir à ce DU il y a trois ans, avant de commencer à y travailler activement il y a environ un an.

Quel regard portez-vous sur l’aspect parfois polémique de ces régimes ?

N.L. : Nous savons que ce type de dossier est sensible pour certains acteurs du monde de l’élevage. Nous ne nous positionnons pas sur le fond et n’émettons pas de jugement de valeur, nous n’encourageons à rien. Ce que nous voulons, c’est éviter de mauvaises pratiques alimentaires pour ceux qui, avec ou sans nous, sont déterminés à changer de régime. Comme pour tout DU, notre programme a été validé par le Doyen de notre Faculté de Médecine, après évaluation par un comité veillant à son contenu scientifique. Il porte sur des champs de compétence que nous maîtrisons, ou pour lesquels nous faisons appel à des professionnels de santé et scientifiques plus spécialisés. Ce DU est créé à notre initiative et aucune association militante n’a été sollicitée pour en établir le contenu, bien que nous soyons à l’écoute de certaines de ces associations pour nous transmettre les attentes envers le milieu médical des personnes suivant ces régimes.

Quels votre état des lieux sur ce dossier, en 2021 ?

N.L. : Au niveau international, il existe quelques grandes lignes consensuelles, des recommandations sur les pratiques à encourager ou à éviter. En France, nous participons, avec mon confrère Olivier Steichen, à un groupe de travail lancé par l’Anses début 2020 avec des scientifiques issus du monde de la santé publique et de la nutrition, afin d’établir des repères nutritionnels autour de ces régimes. Globalement, la littérature scientifique s’enrichit depuis ces dernières années. Pour autant, le manque de formation de nombreux médecins et professionnels de santé à la nutrition est un fait, et c’est un peu inquiétant.

Quels sont les enjeux autour de ces régimes ?

N.L. : Tout régime a ses intérêts mais peut générer des problèmes de nutrition s’il est mal conduit. Dans le cas des régimes sans viande, ils sont tout à fait viables et sains, mais les risques existent s’il sont conduits en dépit du bon sens, en particulier pour les enfants. Ces risques sont plus grands pour le végétalisme que pour le végétarisme. Bien souvent, au nom d’une forme de principe de précaution, des praticiens préfèrent rester sur la réserve, voire s’opposent à ces régimes plutôt que de prendre le risque d’un mauvais conseil. Or, sur ces sujets, le patient est le plus souvent déterminé. S’il n’obtient pas de réponse de son médecin, il y a deux risques : qu’il ne s’informe pas du tout, ou qu’il s’informe mal, auprès de sources douteuses. Dans un autre registre, ce type de réserve de la part du médecin peut dégrader la confiance que lui porte son patient, et pas seulement sur les questions nutritionnelles.

Quels sont les contours de ce DU ?

N.L. : Le but du diplôme universitaire est de donner une information condensée, par rapport aux recommandations actuelles, ce qu’il faut surveiller et suivre chez les patients. Afin de proposer une perspective plus large sur ces régimes, permettant de mieux accompagner les personnes concernées, nous avons opté pour une approche dépassant le cadre strictement médical : les intervenants seront aussi des spécialistes de philosophie, de sociologie ou d’autres sciences non médicales. Ce type de sujet ne relève pas que de la santé ! Comprendre les motivations, les moyens que se donne le patient, peut influencer le discours du professionnel de santé.

À qui s’adresse-t-il ?

N.L. : La quarantaine de places que nous prévoyons pour le DU est principalement réservée à des professionnels de santé, mais nous regarderons, au cas par cas, si d’autres candidats susceptibles de porter de la pédagogie et des messages de sensibilisation peuvent être intégrés. Nos premières communications dans des réseaux de professionnels de santé révèlent un intérêt de nos confrères. Nous avons commencé, plus récemment, à évoquer le DU sur les réseaux sociaux. Les retours d’associations défendant ces régimes montrent qu’il y a une vraie attente. La première session est prévue pour janvier à fin mai prochain, à distance.

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