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Sols alsaciens, restez couverts !

Agriculteur précurseur dans le domaine des cultures intermédiaires après blé et dans celui du semis sous couvert de maïs, Richard Heckmann expérimente depuis une dizaine d’années différentes modalités d’intercultures(1). Des essais grandeur nature menés en collaboration avec les techniciens de la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin, pour des techniques désormais en pleine actualité.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 20/11/2004 à 00:00

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Richard Heckmann, agriculteur près de Strasbourg, est persuadé de l’impact favorable des intercultures (1) sur la restructuration et la vie biologique des sols. Des préoccupations qui rejoignent celles liées à la volonté de gagner du temps au moment de la préparation des sols. C’est sa double-activité – il travaille à l’aéroport de Strasbourg – qui lui permet de prendre certains risques et c’est bien volontiers que, sollicité par la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin, il a accepté de faire des essais. “J’ai commencé avec de la moutarde, explique Richard Heckmann. Puis j’ai expérimenté le trèfle souterrain, la navette, le seigle interculture, le ray-grass d’Italie. Ces implantations étaient réalisées au mois de juin, au stade 5-6 feuilles du maïs. Mais cette technique du sous-semis me posait des problèmes par rapport au désherbage du maïs car les couverts étaient malmenés par ce désherbage.” Avec les conseillers du Suad du Bas-Rhin (Service d’utilité agricole et de développement), Richard Heckmann continue les expérimentations, pour fonctionner depuis trois ans avec des couverts à base d’avoine.

Grégory Lemercier et Christophe Barbot du Suad Bas-Rhin réalisent des prélèvements dans le couvert pois-avoine qui serviront à évaluer la biomasse qui s’est développée à la mi-novembre et donc l’azote absorbé par le couvert.

En termes de rendement, Richard Heckmann dit avoir enregistré une baisse mais estime s’y retrouver au niveau de la marge nette. Il souhaite également poursuivre ses essais : “Il faudrait tester encore d’autres mélanges dans le couvert pour avoir des systèmes racinaires plus développés”, explique-t-il. Il réfléchit également à d’autres modes de destruction des couverts, physiques, comme des rouleaux équipés de couteaux, pour se passer du chimique. Enfin, avec Christophe Barbot, conseiller Suad, il est à la recherche d’une rotation qui casse la monoculture du maïs. Avec le problème des éventuelles mycotoxines sur blé après un maïs, les réflexions s’orientent vers une rotation maïs-pois d’hiver-blé, avec une possible introduction du tournesol.

Mélanger les espèces

De son côté, la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin travaille sur les intercultures depuis une douzaine d’années et les essais ont été renforcés il y a quatre ans avec l’évolution de la demande pour une agriculture moins “polluante”. En matière de semis direct dans le maïs, les essais montrent que les espèces les plus performantes sont les ray-grass hybrides, tétraploïdes, la navette, le trèfle souterrain, semés au stade 5-6 feuilles du maïs. Des couverts qui doivent rester en place jusqu’au 1er décembre, pour qu’ils jouent vraiment leur rôle de Cipan (Cultures intermédiaires pièges à nitrates), donc de pompes à nitrates. En fonction des dates de semis possibles, de nombreuses plantes intercultures ont été testées, moutarde, phacélie, sarrasin, radis, mélilot, moha, sorgho, pois. “Le problème de toutes ces espèces est qu’elles impliquent un coût de semence élevé. Le système que pratique Richard Heckmann est donc plus économique et nous le conseillons lorsque c’est possible, c’est-à-dire quand la récolte de maïs n’est pas trop tardive, explique Christophe Barbot. Car après le 5, 10 octobre, le couvert ne se développe plus correctement.” L’idéal reste toutefois de mélanger les espèces, conseille le technicien, les légumineuses favorisant l’activité microbienne, l’exploration racinaire et bien sûr le piégeage des nitrates, les graminées favorisant pour leur part l’activité biologique grâce à la densité de leur chevelu racinaire.

Le cas du non-labour

“En fonction des systèmes de culture, on voit ainsi se dégager des lignes de conduite, précise Régis Huss, également conseiller au Suad du Bas-Rhin. Par exemple, sur un système maïs-blé, il est intéressant d’introduire une légumineuse qui apportera d’autres éléments au sol. Globalement, il faut rechercher le meilleur compromis entre fertilité chimique, structurelle et biologique. Il faut également rechercher des couverts qui, en fonction des sommes de températures, se développent correctement pour pouvoir jouer le rôle qui leur est imparti. Reste toutefois le cas du non-labour qui implique de mettre en place des couverts bien spécifiques.”

Pourtant ce dernier point devient crucial en Alsace, car l’érosion s’intensifie dans certains secteurs. Et le non-labour est une piste à explorer pour contrer le problème. Le Conseil général a d’ailleurs investi dans deux semoirs directs début 2003, et qui sont désormais à la disposition des agriculteurs.

En Alsace, les opérations Ferti-Mieux, la promotion des Cipan, l’incitation financière qui leur est liée, et plus récemment les CAD, ont permis de sensibiliser les agriculteurs à l’intérêt des intercultures en matière de restructuration des sols, de piégeage des nitrates, et pour la fertilisation de la culture suivante. À l’heure où la réforme de la Pac va impliquer pour les producteurs de maïs en monoculture une couverture hivernale des sols, se profile une Directive nitrates 3 encore plus contraignante. Avec les problèmes d’érosion, les cultures intermédiaires sont plus que jamais à l’ordre du jour.

(1). L’interculture est la période qui s’écoule sur une parcelle entre la récolte d’une culture (le précédent) et l’implantation de la culture suivante (le suivant). Cette période où le sol est nu favorise l’érosion et la perte d’éléments fertilisants dans le sol. Pour éviter ces inconvénients préjudiciables à l’environnement, l’agriculteur peut semer des cultures intermédiaires (appelées par extension intercultures) telles de l’herbe qui protégeront de l’érosion et qui puiseront les réserves de fertilisants de la terre, évitant leur lessivage vers la nappe phréatique.

Des sols quasiment tous couverts au 1er janvier

Voilà déjà une dizaine d’années que Richard Heckmann, agriculteur près de Strasbourg, a ouvert son cahier de travaux pratiques, au chapitre cultures intermédiaires et semis sous-couvert. Double-actif, il exploite 30 hectares, sa sole étant composée aux trois quarts de maïs, le reste étant occupé par du blé (6 hectares), de l’avoine (2 hectares), un peu de triticale et de pois d’hiver. Depuis trois ans, il fonctionne avec des pratiques qui le satisfont mais qu’il compte encore améliorer. Du tournesol ou du pois sont ainsi implantés dans les dix premiers jours d’août, après le blé. Dans ces parcelles, il sème également de l’avoine un mois plus tard. L’avoine prend alors le relais et “occupe le terrain” lorsque le pois ou le tournesol commencent à se rabougrir aux premières gelées. Sur les parcelles maïs sur maïs, il implante un mélange vesce-avoine, après la récolte, début octobre. Tous ces couverts seront détruits vers le 15 mars, au glyphosate, avec une technique bas volume. Plus récemment Richard Heckmann a également franchi le pas du non-labour : depuis cette année, il ne laboure quasiment plus aucune parcelle et a investi il y a peu dans un semoir brésilien destiné au semis direct, un Semeato, acheté d’occasion.

Directive nitrates 3 : 60 % de couverture hivernale en 2007

Alors que la Directive nitrates 2, signée en début d’année 2004, prévoyait un objectif collectif de 50 % de sols couverts en hiver sur la totalité de la zone vulnérable (1) en Alsace voilà que se profile déjà la Directive nitrates 3 qui prévoyait initialement un objectif individuel de 40 % des sols dotés d’une couverture hivernale. Une mesure qui, si elle était appliquée en l’état, serait alors plus contraignante que celles liées à l’écoconditionnalité des aides Pac. En octobre dernier, lors d’une rencontre entre les représentants de l’administration et de la profession agricole, un consensus a été trouvé. Il stipule qu’il n’y aura pas d’exigence individuelle, mais collective, avec un taux de couverture hivernale devant être de 50 % en 2005, 55 % en 2006, 60 % en 2007. Si ce dernier objectif n’est pas atteint, les termes de la négociation prévoient que l’on reviendra à une exigence individuelle.

(1) La quasi-totalité de la plaine alsacienne est classée en zone vulnérable, soit l’équivalent de 75 à 80 % de la surface agricole.

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