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Une pomme de terre à la chair ferme… de Normandie !

Paul Lheureux recherche à réduire l’impact environnemental de sa production de pommes de terre, par conviction mais aussi pour répondre aux demandes des consommateurs. Ses associés et lui ont même créé leur propre marque, Ferme de Normandie, gage de qualité et de bonnes pratiques.

Par Eloi Pailloux - Publié le 05/01/2018 à 11:36

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Paul Lheureux et ses associés n’excluent pas, pour le futur, la possibilité de créer un groupement de producteurs qui respectent leurs valeurs et leurs modes de production.

À la mi-novembre, l’activité bat son plein dans les hangars de la ferme de Beaulieu, située sur la commune de La Gaillarde (76). Paul Lheureux, chef de l’exploitation, aux côtés de son père, son frère, son oncle et son cousin, suit le bon déroulement de l’expédition des 7 000 tonnes de pommes de terre qu’il produit et s’assure du maintien de la qualité des tubercules. Il raisonne la qualité de sa production très en amont de la récolte.

Il sème à l’automne une interculture qui précède la culture de pomme de terre au printemps suivant. Ce couvert se compose d’avoine, qui structure le sol, de phacélie, qui va réduire la pression maladie et parasitaire, et de vesce, une légumineuse qui va enrichir le sol en azote. « La réglementation nous oblige à couvrir nos sols d’une interculture durant deux mois au minimum, afin de limiter le lessivage de l’azote. Nous préférons les laisser plus longtemps, car elles réduisent aussi le phénomène d’érosion, très présent dans la région, et préservent ainsi nos bonnes terres limono-sableuses profondes », explique l’agriculteur.

La ferme de Beaulieu produit environ 7 000 tonnes de pommes de terre chaque année, dont 1000 sous la marque Ferme de Normandie.

Il réduit aussi l’érosion sur ces parcelles en créant, entre chaque butte où poussent les pommes de terre, des microbarrages de terre qui limitent le ruissellement de l’eau de pluie.

Réduire l’érosion et les doses d’intrants

L’agriculteur et ses associés raisonnent aussi leurs apports d’intrants. « Nous optons pour une conduite bas volume, qui vise à diminuer les doses de pesticides apportées. Nous avons, par exemple, supprimé le traitement fongicide de nos plants à la plantation, sans altérer la qualité de la récolte », explique le producteur. Leur indice de fréquence de traitement phytosanitaire (IFT) est de 12 en fongicide, contre 17,3 en moyenne en Haute-Normandie ou jusqu’à 20,4 en Champagne-Ardenne. En herbicide aussi ils se placent en dessous des moyennes : 1,6 d’IFT contre 2,9 sur la région. Ces traitements assurent la qualité finale du produit. « Non traité ou combattu trop tardivement, un épisode de mildiou peut détruire entre 50 et 100 % de notre production selon le stade pendant lequel a lieu l’attaque », estime l’agriculteur. « Les agriculteurs sont très souvent montrés du doigt, particulièrement dans une culture industrielle comme celle de la pomme de terre. C’est pourquoi notre démarche doit répondre aux attentes sociétales lorsque nous le pouvons. Nous nous devons de bien communiquer à ce sujet », estime Paul Lheureux.

La certification comme moyen de valorisation

L’exploitation s’approvisionne en plants de pommes de terre certifiés. Une assurance d’utiliser des plants sains et des variétés plus performantes.

Pour garantir ces demandes des citoyens, les membres de l’exploitation cherchent à encadrer leur mode de production. En 2006, ils obtiennent la certification ISO 14001, dont tout un volet concerne la protection de l’environnement. Dix ans plus tard, ils franchissent une étape supplémentaire. Avec la marque Ferme de Normandie, qu’ils ont créée pour commercialiser une partie de leur production,  ils rejoignent le réseau Demain la Terre. Cette association regroupe des entreprises françaises productrices de fruits et légumes qui respectent une charte de bonnes pratiques en matière d’agriculture durable. « Demain la Terre détermine des exigences de moyens, mais surtout de résultats », explique le producteur. L’association se fixe comme objectif d’atteindre le « zéro résidu » de pesticides sur les produits finaux. Dès l’an prochain, Paul Lheureux et ses associés vont essayer de tendre vers ce seuil.

« Nous ne sommes pas sûrs d’être en mesure de garantir qu’il ne restera aucun résidu mais nous avons bon espoir d’y parvenir sur une partie de notre production », confie-t-il. La charte, qui touche aussi la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles, ouvre de nouvelles perspectives à l’exploitation. « Nous envisageons de semer des jachères fleuries et d’y implanter les ruches d’un voisin. Nous réfléchissons aussi à la cogestion. Les membres de Demain la Terre sont de grandes entreprises avec de l’expérience dans ce type de projets, dont nous pouvons nous inspirer », se projette l’agriculteur.

Constamment dans une démarche de traçabilité et de qualité, les cinq membres de la SCEA révisent en ce moment le cahier des charges Label Rouge en pomme de terre. Ils travaillent avec Produits Alimentaires de Qualité (PAQ), l’organisme en charge des labels. « Le label n’a pas été remis à jour depuis plusieurs années. Nous souhaitons y intégrer une nouvelle variété ainsi que des mesures plus strictes en matière de produits phytosanitaires, de fertilisation et d’irrigation », explique l’agriculteur. Et il conclut : « Nous avons de beaux produits, il faut donc les valoriser. »


Des plants certifiés, un gage de qualité

« Nous nous approvisionnons intégralement en plants de pommes de terre certifiés. Cela nous assure l’accès à des plants sains ainsi qu’aux variétés les plus performantes. Toutefois, plusieurs d’entre elles s’avèrent parfois difficiles à obtenir car certains industriels souhaitent en avoir l’exclusivité. Nous n’hésitons donc pas à solliciter les obtenteurs pour des variétés très spécifiques. En 2016, nous avons rencontré l’entreprise Bernard, qui produit Jeannette, une variété potagère, particulièrement goûteuse. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à la cultiver en plein champ et elle séduit les consommateurs ! Nous avons produit 1,5 hectare la première campagne, 10 hectares cette année, et nous pourrions bien doubler les surfaces l’an prochain ! » se félicite Paul Lheureux.

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