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Manifeste anti-pesticides : le coquelicot, symbole d’un casse-tête agricole

Le « mouvement du coquelicot » demande l'interdiction pure et dure des pesticides, via un manifeste publié le 12 septembre dans Charlie Hebdo, et mobilisant une centaine de signataires. Le choix d'une plante nuisible aux cultures, comme symbole de cette cause, révèle toute la complexité des défis lancés à l'agriculture.

Par Eloi Pailloux - Publié le 11/09/2018 à 17:29

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Les coquelicots, tableau de Claude Monet (1873).

Monet, Trenet, Brassens… le coquelicot est présent dans de nombreuses œuvres reconnues. Son rouge vif, au cœur les cultures vertes ou jaunes, inspire. C’est ainsi qu’un collectif lance, ce mercredi 12 septembre dans Charlie Hebdo, un manifeste intitulé « Nous voulons des coquelicots », où cette fleur devient l’ambassadrice d’un mouvement réclamant la fin des pesticides en agriculture.

Combien d’agriculteurs dans les cent signataires du manifeste ?

Le manifeste exprime notamment ce cri : « Nous ne reconnaissons plus notre pays ; (…) les fleurs sauvages deviennent rares. (…) Rendez-nous nos coquelicots ! » Une centaine de signataires de tous horizons, sont mobilisés. Présentés comme des personnalités « pas forcément médiatiques », elles sont toutefois censées être « le reflet de la société française. » Pas sûr que ce reflet intègre le milieu agricole dans toute sa diversité…

Car le coquelicot, Papaver rhoeas, est une plante susceptible de concurrencer de nombreuses cultures, sur l’ensemble du territoire français. En clair, une mauvaise herbe. Avec différents effets : chantier de moisson rendu plus difficile, qualité des cultures dégradées, et rendements à revoir à la baisse. En termes chiffrés, la présence de 22 pieds de coquelicots par mètre carré induit une perte de rendement en céréales d’environ 5 %. Sa capacité à coloniser est importante : un seul pied peut produire jusqu’à 30 000 graines. Une malherbologue contactée par Campagnes et environnement affirme ainsi que le coquelicot ne connait pas de raréfaction dans les campagnes.

Une agriculture moins florissante

Pour l’institut technique Arvalis, la lutte chimique est     « une nécessité » pour lutter contre le coquelicot. Côté vert, efficacité bonne/présence peu pénalisante – Côté rouge, efficacité médiocre/présence pénalisante.

On l’aura compris : le manifeste fait du coquelicot un emblème. C’est bien l’arrêt des pesticides qui est demandé, pas la prolifération des coquelicots dans les campagnes. Personne ne demande aux agriculteurs d’abandonner leurs parcelles à cette fleur en particulier : c’est un changement de modèle qui est souhaité. Et pour rester sur le seul créneau des herbicides, la question est alors : est-il possible de préserver les cultures de la concurrence des coquelicots sans désherbants de synthèse ?

Selon le site d’Arvalis-Institut du végétal, qui joue le rôle d’expert technique public pour les grandes cultures en France, la solution la plus efficace contre cette mauvaise herbe reste bien le traitement chimique… les autres leviers agronomiques utilisables, comme le désherbage mécanique, montrant des limites. Sans pesticide, les champs seront plus jolis, plus rouges, mais les silos moins pleins, les épis moins beaux, et l’économie agricole moins… florissante.

Plus qu’un porte-étendard de la biodiversité en perte de vitesse, le coquelicot s’avère donc être un exemple très concret de la complexité de concilier une agriculture économiquement viable, dynamisant les campagnes, avec les aspirations de consommateurs.

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7 réponses sur “Manifeste anti-pesticides : le coquelicot, symbole d’un casse-tête agricole”

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