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“Le bio, un choix agronomique et économique”

Malgré un passage par la case TCS (Techniques culturales simplifiées), Pascal Charpentier, producteur à Rillé (37), a eu le sentiment d’être arrivé au bout d’un système sur les plans technique et financier il y a deux ans. Il a donc amorcé un nouveau virage en se convertissant au bio. L’occasion de diversifier sa rotation et de trouver de nouveaux débouchés pour pérenniser son exploitation.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 20/04/2004 à 00:00

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Quand il s’installe en 1992 sur 150 ha de céréales à Rillé, en Indre-et-Loire, Pascal Charpentier ne tarde pas à remettre en cause le système d’exploitation dont il hérite. Les terres très lourdes (45 à 70 % d’argile) et pauvres en limons ne lui laissent en effet que de très courtes fenêtres climatiques pour intervenir. “Au bout de deux ans seulement, dans le but de gagner en temps de travail, j’ai abandonné le labour pour implanter le blé à l’automne”, explique l’agriculteur. Le passage aux TCS sur l’ensemble de l’exploitation ne tardera pas : il s’impose d’office quand Pascal Charpentier saisit l’opportunité de s’agrandir de 40 ha en 1996.

“Un système à repenser”

Le CTE de reconversion au bio a permis à Pascal Charpentier de financer l’achat d’un stockage de 8 000 quintaux avec boisseau de chargement et pont-bascule.

Mais les techniques culturales dites simplifiées ne se révèlent pas pour autant simples à mettre en œuvre pour l’exploitant. La faute, toujours, à ces terres difficiles et collantes. Plusieurs outils et différentes conceptions sont essayés (Horsch Sème-Exact et semoirs de semis direct Huard, Semeato et John Deere), sans convaincre l’agriculteur. Il en arrive finalement à semer à la volée avec un épandeur d’engrais de 24 m et à recouvrir les graines par un passage de herse Brandt. Mais les deux années humides 2000 et 2001, marquées par de fortes chutes de rendement, l’incitent à changer son fusil d’épaule.

“Avec ce système d’exploitation, agronomiquement comme économiquement, j’étais arrivé dans une impasse, considère Pascal Charpentier. L’alignement des primes Pac du tournesol sur celles du blé m’avait conduit à abandonner cette culture, devenue beaucoup moins rentable. La monoculture de blé prenait donc de plus en plus de place. Or, avec un prix en baisse et des primes dont on ne connaissait pas le devenir, la prise de risques était trop importante.”

Changement de cap

Dans l’impossibilité de s’agrandir de nouveau, faute d’opportunité et conscient de ne pouvoir faire davantage tout seul, Pascal Charpentier fait donc le pari en 2002 d’assurer la pérennité de son exploitation en la convertissant au bio.

“La signature d’un CTE en mai 2002 m’en a offert la possibilité, reconnaît l’agriculteur. Ce contrat m’a notamment permis de financer l’achat d’une installation de stockage de 8 000 q avec un boisseau de chargement et un pont-bascule.” Désireux de limiter les intermédiaires, Pascal Charpentier en profite en effet pour prendre en main la commercialisation de ses céréales jusqu’au client final (voir encadré ci-contre). “Pour travailler en direct, cette installation était indispensable, estime l’exploitant. Elle me permet en effet de charger un camion en une demi-heure, ce qui est très apprécié de mes clients, et donc intéressant dans l’optique de les fidéliser.” Un objectif qui passe aussi selon lui par une propreté de marchandise irréprochable : la récolte est donc triée à l’entrée et à la sortie du stockage, grâce à un nettoyeur rotatif, “un équipement qui m’a permis de commercialiser l’an passé des féveroles ramassées avec 35 % d’impuretés”, indique l’agriculteur.

Phase d’apprentissage

S’il reconnaît une part d’opportunisme dans sa démarche de conversion, Pascal Charpentier revendique également une certaine philosophie qui colle au mode de production bio : “D’une part, mes quelques années d’expérience en TCS m’ont permis d’être très attentif au respect de la vie biologique du sol. Et d’autre part, avant la conversion, j’étais adepte de la réduction des phytos puisque je traitais à bas volume, à demi ou à quart de dose.”

Pour autant, l’exploitant reconnaît que beaucoup de choses sont à apprendre, voire à réapprendre, sur le plan agronomique. L’appui technique du Gabbto départemental (voir encadré ci-dessous) est donc apprécié. Celui d’un groupe de sept agriculteurs d’Indre-et-Loire et du Maine-et-Loire, dont Pascal Charpentier fait partie depuis peu, également.

Pas d’engrais depuis deux ans

La diversification de l’assolement a en effet été de pair avec l’introduction de nouvelles espèces pour l’agriculteur, telles que la féverole, les pois ou le triticale. “Ce qui permet de retrouver une certaine logique agronomique : le blé ne revient qu’une fois tous les cinq ans au sein d’une rotation longue”, observe-t-il. La conversion a également rimé avec le retour du labour sur une partie de l’exploitation, pour des raisons de désherbage, notamment à cause du vulpin. La gestion des maladies repose pour sa part sur les résistances des variétés, premier critère de choix de Pascal Charpentier.

Quant aux engrais, l’impasse est tout simplement réalisée depuis le passage au bio. “J’ai tenu à limiter les frais les deux premières années, pour lesquelles la valorisation n’est pas maximale en raison de la période de conversion, justifie l’agriculteur. J’ai donc joué sur la féverole et les pois pour apporter de l’azote. Mais pour la récolte 2005, qui sera la première commercialisée en bio, je pense acheter des farines de plumes ou des fientes de volaille conformes aux cahiers des charges de l’agriculture biologique.”

S’affranchirde l’écoconditionnalité

Sur le plan des résultats économiques, Pascal Charpentier reconnaît que “les deux premières années sont délicates financièrement, mais les aides liées au CTE permettent de compenser le manque à gagner”. Et à l’heure où les intrants chimiques sont largement contestés par l’opinion publique et où Bruxelles va imposer l’écoconditionnalité des aides, l’exploitant estime avoir fait le bon choix. “Dans ce domaine, la conversion au bio permet de s’affranchir de ces nouvelles contraintes. Tout en sachant qu’à l’avenir, les aides seront de toute façon de plus en plus difficiles à justifier aux yeux de l’opinion publique.”

190 ha de grandes cultures bio

“Avec la sécheresse, la récolte 2003 a été catastrophique : 12 q/ha en féverole et 15 q/ha en pois, indique Pascal Charpentier. Cette année, en me calant sur l’hypothèse basse de la moyenne départementale, j’espère atteindre 25 q/ha en blé, en triticale, en féverole et en tournesol, 20 q/ha en pois et 15 q/ha en soja.”

Commercialisation

Des débouchés à trouver soi-même

En convertissant son exploitation au bio, Pascal Charpentier n’a pas seulement changé de mode de production. Il en a aussi profité pour prendre en charge la commercialisation jusqu’au client final, auparavant assurée par le biais de deux négociants. “J’ai dû démarcher moi-même des clients potentiels pour trouver des débouchés, explique l’agriculteur. Je commercialise donc vers trois fabricants d’aliments du bétail bretons pour les féveroles, les pois, le triticale et le soja.” Pour la récolte 2005, la première en bio (celle de 2004 est en C2), Pascal Charpentier va entrer en contact avec des meuniers pour le blé et avec l’huilerie pour le tournesol.

Dans un des volets du CTE qu’il a signé il y a deux ans, Pascal Charpentier a par ailleurs inclus la possibilité de s’équiper d’un moulin à meule de pierre. “En fabriquant ma propre farine bio à partir d’une partie de la récolte de blé, je pourrai créer de la valeur ajoutée sur l’exploitation. Mais pour que le projet se concrétise, rechercher des partenariats avec des boulangers locaux sera indispensable.”

Avis d’expert : Thierry Pinel, animateur au Gabbto d’Indre-et-Loire (Groupement des agriculteurs biologiques et biodynamiques de Touraine)

“Un ralentissement dans les conversions”

“Sur la Touraine, on dénombre une centaine d’agriculteurs bio, dont une vingtaine sont installés en grandes cultures, indique Thierry Pinel, animateur au Gabbto, le groupement départemental qui assure entre autres des missions d’appui technique, de formation, de communication et de montage des dossiers de conversion.

Par rapport à l’époque des CTE, le rythme des conversions est moins soutenu. Trois facteurs essentiels peuvent l’expliquer : tout d’abord, des problèmes de débouchés se posent dans de nombreuses filières, surtout pour les éleveurs, mais c’est aussi le cas pour les céréaliers. Ensuite, le niveau d’aides offert par la conversion dans le cadre d’un CAD est moins important que dans celui d’un CTE. Et enfin, nous estimons que les agriculteurs les plus motivés par la production bio avaient déjà profité des CTE pour se convertir.”

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