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Production fruitière intégrée, une exigence de qualité pour l’arboriculture

Produire, de façon économiquement viable et respectueuse de l’environnement, des produits alliant qualité organoleptique et sanitaire, c’est l’objectif de la production intégrée, une approche de l’agriculture encore mal connue. L’INRA(1) et le Ctifl (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) étudient la production fruitière intégrée et ce, plus particulièrement dans le cadre d’un programme mené en collaboration ces quatre dernières années. L'objectif est que la production fruitière intégrée devienne un référentiel pour l’arboriculture.

Par Campagnes & Environnement - Publié le 27/01/2004 à 00:00

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La production intégrée, qu’est ce que c’est ? Elle diffère de l’agriculture raisonnée, fondée sur la seule optimisation des méthodes classiques de production. En agriculture raisonnée, les agriculteurs ne traitent que s’il le faut, au bon moment et avec une dose adaptée. En production intégrée, l’utilisation de techniques alternatives, comme la lutte biologique ou l’utilisation de zones de compensation écologique, est recherchée car ces méthodes peuvent être tout aussi efficaces d’un point de vue agronomique et plus respectueuses de l’environnement. La production intégrée se distingue aussi de l’agriculture biologique car elle n’abandonne pas les méthodes chimiques lorsqu’elles ne posent pas de problèmes scientifiquement démontrés pour la sécurité alimentaire et pour l’environnement. Comme son nom l’indique, la production intégrée « intègre » tous ces éléments. S’il est logique d’employer un engrais chimique, alors il sera utilisé. Si une méthode de lutte biologique peut se substituer à l’utilisation de pesticides alors elle le sera. On applique ce qui est le mieux pour l’environnement, le consommateur et l’agriculteur.

Symptômes de tavelure du pommier provoquée par Venturia inaequalis
(champignon pathogène) : taches de tavelure sur pomme au verger.


L’objectif des chercheurs est alors de fournir des méthodes et outils pour avancer simultanément dans ces différentes directions, en élaborant ou mobilisant les connaissances, dans et aux interfaces, des différents domaines qui y contribuent : génétique, entomologie et pathologie végétale, écophysiologie et agronomie systémique, économie et socio-économie de la filière. Ces travaux pourront être assez en amont de l’application quand il s’agira d’explorer des pistes pour le futur ou, au contraire, très orientés vers la pratique en vergers quand l’innovation paraît mûre et peut être adoptée par la filière. Quelques exemples concrets permettent d’illustrer ces propos :

Maladies et ravageurs du pommier

Concernant la tavelure (maladie causée par un champignon), l’association sur le même rang d’une variété moyennement sensible et d’une variété résistante est efficace pour réduire les épidémies (sur feuilles et fruits) par rapport à la culture pure d’une variété sensible, dans le cas de traitements insuffisants. Cependant, le niveau de maladie atteint dans les parcelles est incompatible à ce jour avec une gestion commerciale de vergers conventionnels. La filière biologique, plus souple pour les systèmes de plantation, pourrait trouver un avantage à l’implantation de ces mélanges variétaux, compte tenu du peu de moyens de lutte contre la tavelure dont elle dispose.

La lutte contre le carpocapse (ver de la pomme) se heurte aujourd’hui aux résistances qu’a développées cet insecte contre certains pesticides. On a observé que les insectes possédant les allèles2 de résistance manifestaient des décalages de leur phénologie3. Ces travaux sur l’effet pléiotrope4 de la résistance permettent très concrètement d’envisager de nouvelles stratégies de gestion de ce ravageur, fondées sur ces retards de développement. On espère ainsi mieux choisir et cibler les applications de pesticides, et réduire le nombre d’applications nécessaires.
La comparaison sur 3 ans de 3 stratégies de protection ‘Intégrée’, Biologique’, ou ‘Conventionnelle’ pour leurs impacts sur la biocénose (ensemble des êtres vivants) de vergers de pommiers montre que la protection intégrée a permis de réduire très significativement le nombre d’interventions pour la lutte contre le carpocapse (3,3 interventions au lieu de 14,7 en ‘biologique’ et 10,3 en ‘conventionnel’). Des résultats allant dans le même sens mais moins marqués, sont observés concernant la lutte contre les acariens, les pucerons verts et cendrés. La comparaison des biocénoses du verger et du couvert herbacé indique, elle, des différences plus qualitatives et marquées par une assez forte variabilité interannuelle. On note cependant une présence accrue de prédateurs de la régulation pour la parcelle biologique.

Conduite des arbres et qualité des fruits

Testées en vraie grandeur et adoptées depuis plusieurs années sur pommiers dans des réseaux (MAFCOT) associant chercheurs et professionnels de la filière, de nouvelles méthodes de conduite, plus respectueuses de la biologie de l’arbre et de son architecture naturelle, sont maintenant adaptées à différentes espèces fruitières dont le pêcher, en respectant l’esprit d’innovation coopérative des pionniers de ces travaux. Les conséquences en sont nombreuses en terme d’économie des coûts de main d’œuvre, de régularité et de qualité des fruits, mais également en terme de perspectives offertes de meilleures résistances aux maladies et ravageurs.
De façon plus prospective, l’INRA teste également d’autres voies d’amélioration des modes de conduite au travers de l’élaboration d’outils de simulation informatique. L’idée est de bâtir un « verger virtuel » où les nouvelles variétés et nouveaux modes de conduite pourront être testés in silico. Des travaux sont en cours sur le pêcher pour étudier comment optimiser à la fois taille, éclaircissage et irrigation pour améliorer la qualité des pêches tout en renforçant la résistance des fruits aux monilioses (‘pourriture’ des pêches qui affecte leur conservation).

Evaluation des impacts environnementaux

Il était devenu urgent de développer des outils qui permettent aux arboriculteurs d’évaluer les effets de leurs pratiques vis-à-vis de l’environnement (protection phytosanitaire et fertilisation azotée pour l’essentiel). A ce jour, quatre indicateurs ont été adaptés pour l’arboriculture fruitière par le Ctifl en se basant sur la méthode Indigo® élaborée par l’INRA de Colmar pour les grandes cultures et la vigne. Un réseau pluri-espèces de plusieurs dizaines de parcelles, représentatif de la diversité arboricole nationale, a été organisé sous l’égide du Ctifl pour tester ces indicateurs. Deux de ces indicateurs (phyto et azote) seront accessibles dans le courant de l’année sur le serveur web du Ctifl (logiciel I-BOPE®).

Economie de la filière

L’analyse de l’évolution des conditions économiques de la production et de l’environnement socio-économique des producteurs confirme que la ‘norme environnementale’ devient stratégique et se privatise, différents acteurs intervenant sur la scène des référentiels. La production fruitère intégrée s’inscrit dans ce mouvement que l’on peut qualifier de développement économique global. Il est aujourd’hui évident que les techniques conventionnelles peuvent conduire à une impasse environnementale. Le coût global induit par l’adoption de la lutte intégrée n’est pas forcément prohibitif. Lié à la surveillance des parcelles, il varie entre 100 et 1000 €/ha selon le nombre de traitements économisés et les coûts supplémentaires de certaines pratiques : pour un verger moyen, il correspondrait à un surcoût de quelques centimes par kilogramme de fruits produits. Ce coût est pris en charge à raison de 50% environ par la politique agricole commune depuis 1996, pour les producteurs membres d’Organisations de Producteurs, engagés dans des programmes contractuels. Il faut cependant mettre ces chiffres en regard de la grande variabilité interannuelle des rendements et des prix, qui peut rendre toute prise de risque supplémentaire objectivement non supportable du point de vue de l’arboriculteur. Un complément d’analyse est nécessaire pour évaluer dans quelle mesure un mécanisme assurantiel permettrait de contribuer à son adoption.

Au regard de l’ensemble de ces interrogations, le débat dans le monde arboricole est intense, d’autant que les cahiers des charges « production fruitère intégrée » se confondent souvent aujourd’hui avec des systèmes de normes privées proposées soit par le monde des producteurs et leurs organisations économiques, soit par les principales enseignes de la grande distribution. Beaucoup ont vu l’adoption de cahiers des charges comme une réponse possible aux inquiétudes de la société en matière environnementale, tout en devant assurer la qualité intrinsèque du produit et sa traçabilité depuis la parcelle jusqu’aux rayons de la distribution. Ce mouvement est massif et la production de pommes sous référentiels de bonnes pratiques agricoles est passée, entre 1997 et 2000, de quelques pour cents à plus de 50% du volume national. Pourtant, les arboriculteurs qui adoptent des cahiers des charges regrettent souvent que ce ne soit pour eux qu’une condition d’accès au marché. En effet, ces référentiels sont adoptés le plus souvent sans retour financier pour leurs exploitations.

1 Voir l’ensemble des unités INRA ayant participé à ces travaux dans les contacts ci-dessous.
2 Un allèle est une des formes que peut prendre un gène.
3 la phénologie correspond à l’étude des variations des phénomènes périodiques de la vie végétale et animale, en fonction du climat.
4 Un gène est dit pléiotrope lorsqu’il agit sur plusieurs caractères.

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