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Introduction de prédateurs des ravageurs de cultures, des succès et des point de vigilance

Embaucher des insectes exotiques pour lutter contre les ravageurs des cultures ? Une idée qui semble séduisante ! Et qui permet, en cas de succès, de limiter les quantités d'insecticides épandues. Lors d'un webinaire organisé en novembre 2021, les atouts et points de vigilance de cette stratégie ont été récapitulés.

Par Eloi Pailloux - Publié le 06/01/2022 à 11:31

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Sur les mois de novembre et décembre 2021, l’Inrae organisait une série de webinaires sur le thème du biocontrôle. L’un d’entre eux était consacré à la prédation des ravageurs de culture par d’autres insectes. Un mécanisme qui peut être spontané dans les écosystèmes, mais qui s’appuie parfois sur l’introduction d’espèces exogènes à un milieu. Marc Kenis, chercheur du CABI, pour Centre for Agricultural Bioscience International, a livré un état des lieux de cette pratique.

Plus de 6 000 introductions en 130 ans

« De 1889 à 2010, 6 164 introductions ont été effectuées dans le monde, explique-t-il. Sur les 692 insectes ravageurs ciblés, environ 27 % ont pu être contrôlés grâce à ces projets. On parle d’une maîtrise a minima « très satisfaisante », au mieux « totale » des populations de ravageurs. » Selon lui, l’expérience accumulée au fil du temps permet aujourd’hui de mener ces introductions avec davantage de précision et d’efficacité. « En suivant des protocoles rigoureux, on peut relever ce chiffre à 40 % », estime-t-il. Et quand le succès est au rendez-vous, les avantages sont manifestes : moins d’impact sur l’environnement que les solutions chimiques, et un coût qui peut être moindre sur la longueur. « Si l’intégration est réussie, le parasitoïde du ravageur s’implante sur place et il n’y a pas de coût lié à une réintroduction annuelle », illustre Marc Kenis.

Migrations contrôlées face aux migrations involontaires

Le chercheur avertit toutefois : l’intégration d’insectes exogènes n’est pas la solution face à tous les ravageurs. L’un des usages fréquents de cette technique reste de lutter contre des espèces… elles-mêmes importées par l’Homme, souvent par accident. « Malgré quelques mesures pour prévenir les mouvements d’insectes non désirés, ceux-ci ne sont pas rares d’un point à l’autre du globe », rappelle Marc Kenis. Les transits longues distances de marchandises, par avion ou bateau, facilitent ces migrations. Entre 2005 et 2014, 61 espèces exotiques se sont ainsi invitées en France. L’un des succès écologiques souvent cité est ainsi celui de Insignorthezia insignis, un insecte hemiptère qui a sauvé les gommiers endémiques, sur l’île de Sainte-Hélène, de la cochenille, un ravageur introduit involontairement sur place.

Des efforts importants pour éviter les dégâts collatéraux

Le chercheur cite un point de vigilance : les risques d’impacts non-voulus sur la biodiversité endémique. Le cas d’école est celui du crapaud buffle, importé en Australie depuis Hawaï pour lutter contre les scarabées attaquant les cannes à sucres. Pour un effet mitigé : ce crapaud ne saute pas assez haut pour atteindre tous les scarabées. Il a en revanche considérablement nuit aux population de lézards, de serpents, de souris, de grenouilles, et de petits marsupiaux. « Aujourd’hui, l’évaluation de la spécificité d’un insecte, c’est-à-dire le fait qu’il n’attaque qu’une espèce, en l’occurrence le nuisible ciblée, est le point central de ces projets, et de loin ce qui prend le plus de temps dans les dossiers d’homologation », rassure Marc Kenis.

coccinelle asiatique
La coccinelle asiatique, exportée dans de nombreux pays pour lutter contre le puceron, est devenue envahissante dans plusieurs cas, y compris en Europe, au détriment de la coccinelle à deux points. Photo : Spacebirdy CC-BY-SA-3.0

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