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Un vol de 200 km avec (principalement) de la betterave dans le moteur !

La betterave est-elle l'avenir de l'aéronautique ? Cette perspective n'est pas pour demain, mais un pas a été fait dans cette direction le 15 juin 2021 : un avion biplace a réalisé un vol court en utilisant une essence composée à 97 % de biocarburant, principalement à base de betterave. Explications.

Par Eloi Pailloux - Publié le 24/06/2021 à 10:20

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Un peu plus de 216 kilomètres séparent Reims de la ville allemande de Sarrebrück. Cette distance a été effectuée, le 15 juin 2021, par un avion biplace dont le réservoir contenait plus de 97 % de carburant renouvelable. Ce dernier était essentiellement composé de sucre de betterave. Derrière cette performance, deux partenaires : Global Bioenergies, société française qui développe des substituts aux dérivés pétroliers, et Swift Fuel GmbH, spécialiste des carburants « verts » pour avions. L’approvisionnement est français, et même local : Global Bioénergies travaille avec Cristal Union, coopérative agricole auboise qui est aussi actionnaire de l’entreprise.

300 kg de betterave pour 100 km de vol

Il s’agit pour le moment d’une démarche pionnière : pour ce vol, quelque quarante litres d’essence ont été consommés, pour la production desquels 600 kg de betteraves sont nécessaires, ce qui représente une parcelle d’environ 70 m². Verdict ? « La molécule utilisée est parfaite, s’enthousiasme Bernard Chaud, directeur de la stratégie industrielle de Global Bioénergie. Sa compatibilité avec le moteur ne pose aucun problème. » De quoi envisager un déploiement plus large ? Le marché de l’essence d’aviation, utilisée pour les moteurs à hélice, représente entre 1 et 2 % du marché, les machines à turbines, qui utilisent du kérosène, étant très majoritaires. « En cumulant Europe et États-Unis, cela représente tout de même un milliard de litres par an », estime Bernard Chaud.

Pas de concurrence avec le débouché alimentaire

La question principale reste le prix de ce carburant. « Si les consommateurs sont plutôt disposés à payer un peu plus cher pour ce type de carburant, nos installations ne permettent pas de faire les économies d’échelle des énormes raffineries de pétrole », explique Bernard Chaud, pour qui il est encore tôt pour évoquer un prix de vente.

Ce dernier rappelle enfin que cette utilisation n’entre pas en concurrence frontale avec la production alimentaire : « Il y a des sucres « non extractibles » dans les jus de betteraves, utilisés à des fins non-alimentaires, comme dans le cas de ce biocarburant. » L’utilisation de ce type de biocarburant permettrait de réduire de 70 % les émissions de carbone, par rapport à l’essence d’aviation fossile.


Le Grand-Est veut rouler (et voler) au biocarburant

Ce n'est pas un hasard si l'avion a atterri à Reims. La dimension locale du projet tient en partie au dynamisme de la Région Grand Est, qui a fait de la bioéconomie une priorité. Elle vient d’adopter un contrat de filière, signé avec 44 acteurs locaux, dont Cristal Union, afin de devenir le leader européen de la production de biocarburants durables. L’enjeu est de doubler la part de biocarburants dans le mix énergétique régional pour la mobilité d’ici 3 à 5 ans, notamment pour les véhicules légers, lourds, ferroviaires, fluviaux... et donc aériens.

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